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Au fil des pages : lectures d'histoire comtoise

Eglie et gens d'Eglise : La Franche-Comté au XVIIe siècle

Henri MOREAU, Eglise, gens d’Eglise et identité comtoise. La Franche-Comté au XVIIe siècle, Paris, Les éditions du Cerf, 2019, 1109 pages.

Au XVIIe siècle, la Franche-Comté n’était pas espagnole, contrairement à la légende ; c’était une province appartenant aux Habsbourg, rattachée aux Pays-Bas et gouvernée depuis Bruxelles. Le pays, correspondant à peu près au diocèse de Besançon, était profondément rural : 85 % de la population, en 1614, vivaient dans des villages ou des bourgs.
Le juriste Henri Moreau, qui fut longtemps vice-official de l’archevêque de Paris, examine ici tous les aspects de la vie religieuse, sous un angle principalement juridique, portant un intérêt particulier aux textes normatifs (statuts, édits, ordonnances, décrets, monitoires, catéchisme, manuels, rituels, etc.). Il est vrai que les archives de l’archevêché et celles de l’officialité ont été volontairement détruites à la Révolution. En compensation, Henri Moreau a abondamment utilisé les archives conservées à Rome et à Paris. Les institutions (séminaire, doyennés ruraux), l’action des archevêques de Besançon (visites, synodes, etc.), le rôle des chanoines du chapitre cathédral, la pratique de l’excommunication, la vie des clercs, le culte : dans une multitude de chapitres constituant autant d’approche bienvenues, toute la vie du diocèse surgit.

Pour l’histoire rurale, cet ouvrage monumental (plus de mille pages bien tassées) constitue une mine inépuisable. Il permet d’abord et avant tout de comprendre précisément le fonctionnement des circonscriptions rurales et tout spécialement les paroisses. Le curé et sa charge paroissiale curiale sont bien mis en valeur, avec toutes les ramifications qui s’imposent : les pauvres, la charité, les hôpitaux, l’enseignement aux enfants, la confession des fidèles.

De même, l’historien ruraliste appréciera les développements consacrés à la vie quotidienne et aux temps forts comme le baptême, le mariage ou les funérailles. Nous suivons, pas à pas, les transformations consécutives aux décisions du concile de Trente. Nous voyons les autorités locales lutter contre les déviances, les hérésies, le Diable. Dans cette province très catholique, certains juges locaux mettent un point d’honneur à poursuivre les sorciers et les sorcières. C’est le cas par exemple de Henri Boguet, dans la région de Saint-Claude (Jura) qui fut d’ailleurs un célèbre démonologue réputé bien au-delà de la Franche-Comté au début du XVIIe siècle.

Par ailleurs, l’auteur offre une approche démographique extrêmement précieuse. Plus de cent pages rassemblent toutes les données disponibles, village par village, paroisse par paroisse, de 1614 à 1688 (et un point de comparaison en 1790). L’auteur confirme le surpeuplement de la région avant la guerre de Trente Ans (qui débute ici en 1635). Plus de la moitié de la population a fui durant cette déflagration européenne. La belle province comtoise et catholique, véritable verger convoité, fut ravagée, ruinée, dépeuplée. Pour rattacher la Franche-Comté à son royaume, Louis XIV doit se contenter de cueillir un fruit blet.

Paul Delsalle

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